Présentation des axes

À partir de la problématique esquissée, le colloque est divisé autour de quatre axes qui nous permettra de regrouper les communications en panels thématiques les 15 et 16 mai 2018 à l’Université du Québec à Montréal.

1- État, gouvernance néolibérale et politiques publiques en matière d’habitation

Cet axe s’intéresse au rôle et aux transformations de l’État, des politiques publiques et des institutions publiques et parapubliques (les Sociétés d’habitation, les OMH, Hydro Québec, la Régie du logement, etc.) en matière d’habitation au Québec et au Canada et de leurs retombées pour les femmes. Il sera question du volet institutionnel du logement, notamment à travers le rôle des municipalités, communautés métropolitaines, de même que celui des gouvernements des paliers provincial et fédéral. Il portera sur les effets de la gouvernance néolibérale, notamment en lien avec la marchandisation de l’habitation, le sous-financement étatique, la privatisation du logement social, la responsabilisation des communautés pour le développement de projets de logements, de même que sur la mobilisation du mouvement pour le droit au logement.

2- Le logement : des enjeux de territoire

En raison de l’histoire coloniale du Québec et du Canada, mais également au regard du contexte mondial actuel, cet axe sera consacré aux enjeux particuliers du territoire. Il s’agit ici, par exemple, de s’intéresser aux impacts de la désappropriation et de l’occupation des territoires sur les communautés autochtones et les individus, en particulier, les femmes autochtones. La législation canadienne contient toujours une Loi sur les Indiens, dénoncée par plusieurs pour son archaïsme. Cette loi instaure un système de « réserves » et dicte, entre autres, la manière de se loger. Quelles sont les conséquences sur les femmes autochtones? Qu’en est-il des autres peuples tels que les Métis et Inuits ou encore des autochtones hors-réserve? En sus, les nombreuses guerres et conflits actuels confinent des populations dans un statut de « réfugié.es ». Alors que des milliers de personnes se retrouvent sans domicile et sans papier, d’autres, dont un grand nombre de femmes, se retrouvent dans des campements et installations prévues pour être temporaires. Comment lire cette situation en vertu du droit international actuel, avec les politiques migratoires et la responsabilité du Canada en matière de logement? Enfin, les développements miniers et énergétiques posent aussi d’importants enjeux d’appropriation de territoires et de déplacement de populations locales.

3- Le logement et les rapports économiques

En dépit de certaines avancées pour l’égalité entre les femmes et les hommes, les disparités salariales et la division sexuelle du travail génèrent des inégalités de sexe et de genre qui ont des conséquences directes sur les conditions d’habitation des femmes. Ces écarts influencent le type d’habitation auquel les femmes accèdent, mais également leur façon d’y vivre. En raison du travail domestique et des activités de care exercées principalement par des femmes, le logement représente, pour un grand nombre d’entre elles, leur principal lieu de travail, et ce, même si ces activités sont rarement rémunérées ou reconnues pour leur contribution au développement économique. De plus, le logement représente également un lieu de production économique, et ce, autant pour les travailleuses autonomes que les travailleuses du sexe. Paradoxalement, le logement est aussi un espace de construction de solidarité entre femmes, un lieu de partage et d’entraide. Il devient un espace significatif pour elles. Dans le discours des grandes agences internationales, de même que dans celui des gouvernements fédéral, provincial et municipal, l’accès à la propriété privée devient une solution pour rendre le logement abordable. Ce discours (SCHL 2010) insiste sur la montée en popularité de la copropriété divise (ou du « condo ») chez les femmes, en mettant de l’avant l’image d’une jeune professionnelle, blanche, célibataire, autonome financièrement et qui profite des avantages du processus de gentrification. Cet axe encourage donc une réflexion sur les rapports économiques, sur leurs expressions spécifiques dans le domaine de l’habitation et sur leurs effets précarisant pour plusieurs groupes de femmes. Il s’intéresse aussi au rôle des institutions financières et à leur pouvoir dans l’habitation.

4- Le logement comme espace de pouvoir

Alors que le logement devrait être un lieu de sécurité physique et psychologique, il a été démontré à plusieurs reprises qu’il est le lieu où se produit la majorité des violences à l’endroit des femmes ou des autres minorités sexuelles. Dès 1986, une première enquête fut menée par Information Ressources Femmes et Logement, suivies de plusieurs autres initiatives jusqu’à tout récemment (Sinha, 2013). Cet axe se concentre sur cet enjeu. Les violences commises à domicile se présentent sous plusieurs formes et à travers plusieurs relations, telles qu’entre locataires et propriétaires, avec les personnes à l’intérieur d’un même logis ou d’un même immeuble (entre conjoint.e, avec les enfants, des parents, des co-locataires, un.e concierge, un.e co-chambreur.es ou un.e voisin.e.s). En plus du harcèlement et des violences sexuelles, cet axe inclut également toutes les pratiques discriminatoires qui affectent davantage certaines femmes en raison, par exemple, de leur origine autochtone, de leur orientation sexuelle, de leur situation familiale ou de leurs capacités et donc mettent en péril leur droit à un logement abordable, sûr et sain.